Elliott Smith

Publié le par Guilhem

undefinedMars 1998, cérémonie des oscars. Un gars sorti de nulle part interprète tout seul à la guitare Miss Misery,  chanson qu'il a composé à la demande de Gus Van Sant pour la bande originale de son film, Good Will Hunting
Elliott Smith vient de se faire découvrir du grand public, quelques mois avant d'enregistrer une version a cappella de Because des Beatles pour un autre film, American Beauty de Sam Mendes.

Né en 1969 à Omaha dans le Nebraska, Steven Paul Smith,
suite au divorce de ses parents, grandit au Texas avec sa mère et son nouvel époux.
Il sera alors battu fréquemment par son beau-père et apprendra le piano et la guitare.
A 14 ans il déménage chez son père
à Portland où il compose ses premières chansons à l'écoute de Bob Dylan, The Clash, Elvis Costello et surtout des Beatles, qui continueront de l'influencer tout au long de sa carrière.
C'est au lycée qu'il découvrira l'alcool et les drogues et qu'il changera son prénom en Elliott.

Elliott Smith est ensuite diplômé en philosophie et science politique en 1991. C'est à ce moment qu'il recontre Neil Gust et monte avec lui Heatmiser, groupe de rock qui sera comparé à la vague punk et notamment à Fugazi.
Mais Elliott amorce très vite une carrière solo et quitte le groupe en 1994 après deux albums.
Cette même année sort son premier album, Roman Candle, composé uniquement avec sa guitare acoustique et de chansons qui n'allaient pas avec le style de Heatmiser.

Il enchaine l'année d'après avec un album éponyme, encore très dépouillé et très proche du premier.
La reconnaissance des critiques arrivera avec Either/Or, légérement plus maîtrisé et où la guitare acoustique sera accompagnée d'autres instruments, tous également joués par Elliott.

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Nous revoila donc en 1998. Elliott Smith est désormais un songwriter reconnu et réputé dans le monde du rock indépendant. Il signe alors un contrat de 5 ans avec la maison de production DreamWorks. Contrat qui sera considéré pour certains comme une trahison.
C'est à cette époque qu'Elliott commence à aller mal. Complétement drogué, il se jette d'une falaise et échappe miraculeusement à la mort.
C'est dans ces conditions que sort quelques jours après son quatrième album XO, le premier des deux chefs d'oeuvres consécutif qu'il livrera à DreamWorks, pour lesquels il s'offre les services de Jon Brion.

XO est mieux arrangé que les précédents, la tracklist étant plus étudiée. Quatorze titre simples mais efficaces, un piano qui prend de l'importance, des mélodies transperçantes et toujours cette voix toute en émotion...
Les thèmes abordés sont chers à Eliott Smith : le combat contre l'alcool sur Baby Britain, l'amour malgré tout envers son beau-père sur Waltz #2, et bien sur son côté loser présent du début jusqu'à la fin, notamment sur Oh Well, Okay ou I didn't understandi qui vient merveilleusement cloturer l'album.

I'm never gonna know you now, But I'm gonna love you anyhow

Une nouvelle pierre posée sur l'édifice Elliott Smith, encore plus imposante et solide que les précédentes.

Il rajoutera le ciment quelques années plus tard en 2000 avec Figure 8.
On trouve un single parfait dès le premier titre avec Son Of Sam. Toujours aussi bien orchestré, mélange de chansons entrainantes (Junk Bond Trader, Happiness) et de mélodies toujours aussi touchantes, dont les magnifiques Everything Reminds Me of Her et Easy Way Out, le tout avec un piano toujours aussi présent sur certains morceaux (Everything Means Nothing To Me) afin de couper avec la guitare acoustique...
Avec ce disque peut-être même encore plus chargé en émotion que XO, Elliott conserve son parti pris minimaliste qui l'habite depuis le début de sa carrière.

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Mais voilà, le succès ne permet pas de compenser le mal-être ambiant chez l'artiste. Accro à l'héroïne, il montre sur scène des aperçus de son état dépressif: visage barbu et cheveux gras, et surtout plusieurs trous de mémoire au moment d'interpréter les chansons.
En parallèle à la tournée, il oeuvre à la composition de ce qui devait être un double album,
From a Basement on the Hill, dans la lignée de l'album blanc des Beatles.

On est en Octobre 2003, Elliott vient de se brouiller avec DreamWorks et chercher un label indépendant pour produire ce disque. Disque qui ne vera jamais le jour en présence d'Elliott Smith (mais sortira en 2004 à titre posthume en album simple).
Le 21, Elliott Smith est retrouvé mort à l'âge de 34 ans à Los Angeles de deux coups de couteaux dans la poitrine après une dispute avec sa petite amie.
La thèse du suicide est la plus avancée mais fortement contestée, les coups de couteaux étant donnés à travers les vêtements.

Véritablement habité par son univers, Elliott Smith vivait réellement ses chansons et laissera derrière lui deux monuments du rock et folk indépendants.


God makes problems just to see what you can stand before you do as the devil pleases, and give up the things you love...

Publié dans Music History

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G.T. 26/02/2008 23:23

Pas d'accord non plus avec Thom, je ne trouve vraiment pas Figure 8 "monotone"... Sinon... j'en profite pour te donner le lien vers mon article sur Xo (où il est plus question d'Elliott Smith que de l'album), à la fin duquel je vais mettre un lien vers le tien !http://art-rock.over-blog.com/article-1654454.html

Erwan 03/02/2008 11:51

"Figure 8" un brin monotone ?Mmmm, c'est un point de vue. Il ne faut vraiment pas apprécier l'omniprésence du piano. Ou les écarts de construction, comme sur "Everything means nothing to me". Bref, il faut vouloir lui reprocher sa mélancolie et sa volonté de s'éloigner un peu d'un songwiting trop parfait, trop lisse.

Thom 02/02/2008 11:43

Mais voilà, le succès ne permet pas de compenser le mal-être ambiant chez l'artiste...à plus forte raison parce que "Figure 8" va très mal se vendre par rapport aux deux autres, ses fans ne lui pardonnant pas vraiment son changement de cap (et c'est vrai qu'indiéniablement ce disque est un brin monotone).

klak 29/01/2008 22:44

tiens, je viens juste de commander either/or, on m'a fait écouter "between the bars" il y a peu, cette chason est magnifique.

Erwan 29/01/2008 20:05

A CAPPELLA (en deux mots)